• Petites phrases (sorties de leur contexte) entendues lors de conversations entre collègues ou bien phrases entendues en concertation pédagogique ou lors de la visite d'un inspecteur :

    Et toi, t'es Montessori?

    On parle des pédagogies comme on parle des médicaments. Et comme le médicament allopathique n'a pas bonne presse en ce moment, on se tourne vers les médecines alternatives et les prescriptions ne manquent pas :

    • Tu as des élèves présentant des troubles du comportement, installe une classe flexible !
    • Tes élèves ne sont pas assez concentrés, ils apprennent lentement ; ils en manipulent pas assez, Montessori à la rescousse !
    • Ils n'entrent pas dans la lecture, tu n'as qu'à prendre les Alphas.
    • Ta classe est trop bruyante, tu dois pratiquer la méditation ou le yoga.
    • Tu souhaites développer l'éducation à la vie démocratique,  c'est la pédagogie Freinet qu'il te faut !

    Et, en grande partie grâce aux réseaux sociaux, tout le monde connait LA meilleure pédagogie du moment, celle dont il faut absolument se réclamer, qu'il faut mettre en œuvre.

    Il y a parfois un beau filon commercial qui est exploité en périphérie :  Matériel hors de prix vendu comme indispensable pour bien pratiquer la méthode mais que des petits malins vont nous apprendre à fabriquer nous-même dans des stages fort couteux. (remarquons au passage qu'on passe du mot pédagogie au mot méthode sans que cela ne gêne personne)

    Et sur certains forums, on lit des enseignantes un peu désemparées (peu d'hommes sur les forums enseignants, du coup, le féminin l'emporte !), souvent en début de carrière,  qui ne savent plus à quel pédagogue se vouer et qui demandent des conseils pratiques : "Combien de tabourets pour ma classe flexible? Quelle taille les lettres mobiles? Quel cahier pour les transpositions? Combien de jours pour un plan de travail?" Mais rarement "en quoi ce changement va-t-il influencer, modifier, mon enseignement?" Grrrr !

    Enseigner ne se résume pas à mettre en place des dispositifs. Enseigner, c’est d'abord faire la classe et faire la classe ce n'est pas seulement enseigner les maths, le français et tout le reste, c'est aussi savoir "sentir" sa classe, écouter chacun et faire vivre l'ensemble, c'est apprendre à essayer de lâcher prise, à ne pas trop culpabiliser, à s'autoriser un petit brin de folie en classe (ou pas, selon notre personnalité), c'est tenter de nouvelles choses, suivre les propositions des élèves ou simplement son intuition, c'est avoir super bien préparé une séance et faire totalement autre chose et que ça marche formidablement (ou pas), c'est être parfois autoritaire et parfois non, c'est être fatigué(e) et rater totalement sa journée (ou pas)...

    Une classe est comme un être vivant, ça évolue, ça grandit, c'est agréable aujourd'hui et pénible le lendemain, ça régresse puis ça redémarre. Une classe, une école,  c'est aussi de la vie, de l'émotion,  et c'est cela aussi que nous avons à gérer, digérer, impulser. La classe de madame Machin ce n'est pas la classe de madame Bidule, même si les deux "sont" Montessori ou "font" Picot...

    Ce dont je suis convaincue  c'est que la réussite de toute  pédagogie dépend en grande partie de la façon dont l'enseignant la met en œuvre. Qu'il est nécessaire de bien savoir quelles sont nos valeurs, notre philosophie, de savoir, au moins un peu, quel genre d'enseignant nous sommes avant de chercher les pratiques qui s'accordent le mieux avec nous et avec nos élèves.

    Il y a des collègues très "classiques" chez lesquelles les élèves se sentent bien, en sécurité et apprennent sans stress et d'autres qui se réclament de pédagogies plus "modernes" et qui n'engendrent pas la joie de vivre !!!

    Vous qui n'avez pas de lettres rugueuses, de tabouret oscillant, qui ne préparez pas de plans de travail, ne connaissez pas le Gulu, ne transposez pas de textes, ne pratiquez pas le texte libre, vous le savez, une pédagogie ne se résume pas à son matériel, et vous le savez aussi, si vous observez vos élèves vous savez vous adapter et vous leur proposez ce qui leur correspond avec les moyens dont vous disposez et ceux que vous créez. N'est-ce pas le plus important?

    Que cela ne vous empêche pas de vous documenter, de vous remettre en question, d'avoir envie de..., de tendre vers..., de chercher des pistes pour... de tenter de...

    Et si vous "n'êtes pas Montessori" et que votre classe n'est pas "flexible seating", c'est pô grave !!!

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