• Voici en quelques lignes la nouvelle aventure que vit ma classe depuis quelques semaines : l'accueil d'une élève polyhandicapée.

    Accueillir une élève polyhandicapée

    Si j'écris à ce propos aujourd'hui, c'est que je sais que cette situation arrive, rarement, mais elle arrive, et que quand elle arrive elle génère souvent beaucoup de réticence ou de refus. Les raisons sont parfaitement fondées et compréhensibles : ce n'est pas sa place, nous ne sommes pas formé(e)s pour enseigner à des enfant polyhandicapés, il n'y a pas d'AVSI, il va falloir s'occuper d'une enfant très handicapée et non francophone sans léser les autres, c'est une responsabilité importante, une lourde charge dans tous les sens du terme, ce n'est pas notre rôle, nous n'avons pas  à prendre en charge toute la misère du monde, il y a des établissements spécialisés pour accueillir ces enfants, et s'il faut la porter qui va le faire… tout ceci est vrai.

    Alors, peut-on quand même essayer de faire quelque chose? L'histoire de "A" va peut-être permettre de répondre oui ! 

    Une enfant lourdement handicapée vient au monde en Tunisie, laissant ses jeunes parents désemparés, sans beaucoup d'aide mais avec pas mal de rejet. Sept ans plus tard cette famille, après bien des tracas que je ne développerai pas ici,  demande la scolarisation de cette fillette dans mon école.

    Les parents de  "A" n'ont pas rempli de dossier MDPH, "c'est pas mon travail" à dit l'assistante sociale, et quand on voit les documents à remplir, il est impossible de le faire seul quand on ne maîtrise pas bien la langue française. Donc pas d'AVSI. "A" est assise sur un fauteuil roulant totalement déglingué, rafistolé par son père avec du scotch armé. Mais la famille est adorable, motivée,  ils commencent à se débrouiller en  français,  la fillette est souriante, bref, après une équipe éducative en juin durant laquelle ma directrice, la psychologue et le médecin scolaire ont rempli le dossier MDPH avec les parents,  nous décidons de l'intégrer progressivement. Oui, on est un peu folles mais c'est comme ça, il y a toujours un petit grain de folie qui traîne dans cette école !

    Je vais donc vous dire comment nous avons envisagé les choses et comment se continue l'aventure dans mon école et dans ma classe, histoire de peut-être ouvrir la porte des possibles si tel cas se présentait à vous.

    "A" sera scolarisée, pour commencer à temps très partiel et en attendant d'avoir une place en institut spécialisé, elle va commencer à découvrir les autres, les autres enfants découvriront le handicap et la famille pourra aussi commencer à voir le bout du tunnel.

    Pour commencer, "A" vient donc 2 demies matinées par semaine durant la première période avec l'objectif essentiel de côtoyer d'autres enfants et de découvrir la collectivité. Comme pour le moment elle n'a pas été testée, ça sera aussi l'occasion d'essayer de découvrir quelles sont ses capacités d'apprentissages.

    Alors concrètement, la question m'a été posée, comment tu fais, qu'est-ce que tu vas faire, comment ça se passe?!

    Je précise que, ayant côtoyé beaucoup d'enfants handicapés dans une précédente vie professionnelle, je suis assez zen, ça aide !

    J'ai envie de dire que je fais et ferai pour "A" comme pour les autres : je vais m'adapter et voir au fur et à mesure.

    Avant qu'elle arrive, j'ai discuté avec mes jeunes élèves de l'arrivée de cette camarade pas comme les autres la semaine suivante. Ils ont eu beaucoup de questions : est-ce qu'elle sait parler, est-elle malade, est-ce qu'elle sait rouler toute seule avec son fauteuil… Ils ont raconté le voisin handicapé à la suite d'un accident, la tata malade qui ne sait plus marcher, ils ont dit ce qu'ils ressentaient, ce qu'ils pensaient.

    Puis est arrivé le jour de la rencontre, la première récréation. "A" veut rester à côté de moi, mes collègues se présentent et lui souhaitent la bienvenue puis très vite des élèves arrivent et une petite bande lui fait faire le tour de la cour, d'autres regardent de loin, "A" semble aux anges même si pour le moment les enfants ne lui parlent pas beaucoup.

    Nous entrons en classe. Séance de mathématiques. J'avoue que je n'ai rien prévu de spécial. Par chance le fauteuil permet à "A" d'être installée à une table. Deux élèves refusent d'être à côté d'elle. Je la met près de deux élèves qui acceptent. Nous faisons une séance de mathématiques. "A" connait en français la comptine numérique jusqu'à 5, les enfants l'écoutent patiemment, elle s'exprime avec de grandes difficultés, puis ils applaudissent spontanément. Quand vient le moment des exercices écrits, petit moment de panique pour moi, "A" ne contrôle pas ses gestes et ne tient le crayon qu'avec une préhension paume/pouce plus ou moins efficace. Je scotche des feuilles sur sa table et lui fait prendre un feutre. Elle est ravie de gribouiller et je lui propose différentes couleurs quand je suis avec ses voisines. Elle essaie de répéter le nom des couleurs. 

    C'est déjà l'heure du repas, un petit groupe demande à pousser le fauteuil avec moi. "A" retrouve sa maman. Tout le monde a le sourire, je suis HS mais contente…

    L'après midi, petit débriefing avec mes élèves. Ils ont encore beaucoup de questions concernant la santé de leur nouvelle camarade. Certains ne sont pas convaincus qu'ils ne vont pas "attraper son handicap", se demandent si elle va mourir bientôt.  D'autres ont plein de questions sur sa vie quotidienne. Un ne cesse de répéter "elle est handicapée, elle est bête". Il va falloir du temps je crois pour certains.

    Depuis, quand nous faisons le programme de la journée, ils me demande si c'est le jour de "A", si elle ne vient pas, ils me demandent si j'ai des nouvelles.

    Nous cherchons des jeux qu'ils pourront faire avec elle mais ce n'est pas évident du tout. Je prends un vieux cube en mousse, comme il est plein de trous "A" peut s'en saisir. Nous faisons une ronde serrée autour du fauteuil et elle le lance aux copains. Ils sont contents de la faire jouer mais ils s'ennuient vite. Il va falloir que je trouve d'autres idées. Je pense utiliser le parachute. On verra.

    Lors des séances de maths je vois que "A" ne sait pas dénombrer mais je me demande si elle y voit correctement. Je fais des cartes en A4 avec les constellations et les chiffres écrits 1 par page. Si nous faisons des jeux, "A" arrive plus ou moins à lancer un dé ce qui me permet de la faire jouer. Affaire à suivre. J'essaie de la faire participer à la partie orale et collective de la phonologie. Sans me prendre la tête, sans objectif à atteindre, autre que de l'intégrer à la classe. Du coup tout ne peut que se passer bien; je crois que c'est ça la clé pour que ça marche.

    J'espère juste qu'elle n'aura pas besoin d'aller aux toilettes car ça serait franchement compliqué. Finalement, c'est le seul obstacle qui empêche d'accueillir "A" plus longtemps dans une journée.

    Pour conclure, je dirais que cet accueil est bénéfique pour tout le monde, mes élèves valides progressent dans l'acceptation, même si un ou deux ne sont vraiment pas tranquilles et ne veulent toujours pas qu'elle soit trop proche d'eux, dans la cour d'autres élèves viennent systématiquement essayer de jouer avec elle et la balader dans la cour.  En classe,  ce n'est pas si difficile que ça, même si tout est loin d'être parfait.

    Comme l'a dit la maman de "A", c'est le début d'une belle histoire !

     

     Pour finir cet article, voici une petite sélection de livres qui permettent de parler du handicap avec les enfants :

    2884454268     

     

      

     

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